Ces gestes prennent sens avec les autistes profonds (Kanner) et avec les bébés
L’imitation : s’agissant des autistes Kanner, enfermés dans leurs stéréotypies, l’idée est de les rejoindre, en « faisant comme eux », de préférence en ne les regardant pas : un enfant (ou un adulte) qui bat des mains, ou les agite, ou qui fait des alignements stéréotypés, etc. : je me mets dans mon coin (cf. « indifférence simulée » dans recadrage, et pratique en ricochets), et je fais pareil que lui…. : RECITS : « Fais comme moi et je te suivrai », dans Petites histoires de grands moments éducatifs, p. 31 : Alain, jeune autiste très absent, mutique, fait régulièrement des alignements de boites de couleur ; l’éducatrice, Isabelle, va reprendre ses gestes, sur autre table, avec de la pâte à modeler. Alain la regarde et la rejoint. La relation est maintenant fondée…
REFERENCES :
Jacqueline Nadel : Imiter pour grandir, développement du bébé et de l’enfant avec autisme (Dunod)
Raun Kaufman, Dépasser l’autisme avec le Son Program (Hachette Famille) : L’auteur s’adresse aux parents d’enfant autiste : « Votre enfant est membre d’un club où il n’y a qu’un seul membre : lui. La solution n’est pas de détruire le club, mais de faire en sorte d’y rentrer ! » » Si par exemple, votre enfant bat des mains, asseyez vous près de lui (ou tenez-vous près de lui s’il est debout) et battez des mains comme si votre vie en dépendait. Etonnamment, plus vous vous concentrerez sur le battement des mains, plus votre enfant s’intéressera à vous. » (p. 41-5) Kaufman insiste sur le fait qu’il ne faut pas cesser mon activité tant que l’enfant ne décide pas lui-même de passer à autre chose ; il défend l’idée qu’il faut que le parent joue pleinement le jeu, y trouve du plaisir, ne sollicite pas tout de suite l’enfant dès qu’il a obtenu un regard…
François Hébert : Rencontrer l’autiste et le psychotique (Dunod), p. 121-133 ; Le Tarot de l’éducateur (Dunod), p.113-115 ; p.130
« Quand j’essayais de me faire comprendre, par un jeu ou un geste symbolique, le mieux était de rester calmement à côté, sans me regarder avec insistance, en se contentant de reproduire ce que je faisais à quelques pas de moi, comme si de rien n’était. Cela confirmait la compréhension de ce que j’essayais de communiquer et me donnait le courage de continuer. » Donna Williams, Si on me touche je n’existe plus, p. 310
Fabien Joly : « Une maille à l’endroit, une maille à l’envers, entre corps, voix et parole, les paradoxes de la communication autistique », Langage, voix et parole dans l’autisme, p. 261 (l’auteur insiste sur la dimension corporelle, tonique, et non seulement verbale, pour fonder l’échange avec les autistes)
L’accordage affectif : cette notion vient de Daniel Stern, Le monde interpersonnel du nourrisson (PUF, Le fil rouge, p. 181 et suiv.) » Entrer « à l’intérieur » de l’expérience subjective d’une autre personne et le lui faire savoir sans recourir à des mots » (p. 181) Il s’agit d’une forme particulière d’imitation : l’adulte traduit ce qu’a fait, montré, le bébé, dans une autre modalité sensorielle. Exemple : le bébé rampe et tend la main… pour finalement attraper un objet ; le parent accompagne l’expérience interne du bébé en faisant quelque chose comme : « Oh… oui, mon bébé ! », ou « hooooohisse ! » en reproduisant dans sa phrase et sa mimique la dynamique du geste. Il s’agit d’une sorte de reformulation, mais physique plus que verbale (à l’aide notamment d’onomatopées : « oooh…hisse ! » « badaboum ! » etc. : ces mises en rythme de l’expérience présente du bébé peuvent accompagner les gestes de l’adulte lui-même à son égard : par exemple en prenant le bébé : « Et… hop ! »). Le bébé se sent compris, soutenu dans son exploration. (on peut rapprocher cela de ce qu’a fait l’éducatrice qui a « imité » Alain : elle refait ce qu’il a fait, mais avec un autre support ; autre exemple : une femme autiste tape sur la table de façon répétée : un éducateur scande les coups par des onomatopées » et pan ! »: elle se tourne vers lui et sourit : il a traduit son vécu tonico-émotionnel)
Les comptines, si importantes pour les bébés et pour les autistes, reprennent le principe de « traduction » dynamique et émotionnelle entre des registres sensoriels différents : on associe mots, chant, gestes (cf. « ainsi font font font » dans la rubrique quotidien, partie toilette et vêtements) ; RECITS : « Fatou chante, Fatou parle », dans Petites histoires de grands moments éducatifs (L’Harmattan) : l’intervenant chante et mime « en ricochet » (dans son coin, sans regarder la personne ni lui parler) la comptine « Tourne petit moulin » qui est reprise par une jeune adulte autiste mutique ; d’autres comptines suivront ainsi : Fatou commencera à parler…